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Le Titanic a coulé le 15 avril 2012, il y a maintenant 100 ans. Tout le monde le sait, ne serait-ce que parce que James Cameron en a profité pour sortir son film des boules-à-mitte afin de le représenter sur grand écran en 3D. Ce que peu de gens savent, c’est que le naufrage du plus célèbre navire du monde a retardé l’inauguration du Fairmont Château Laurier à Ottawa. L’hôtel, commissionné par le président du Grand Trunk Railway (ancêtre du CN), Charles Melville Hays, devait ouvrir le 26 avril 1912. Pour l’occasion, M. Hays, qui était alors parti en Angleterre quêter des fonds pour faire rouler son chemin de fer, devait revenir au pays en bateau. Devinez lequel ? On connaît le reste de l’histoire.

Le Château Laurier a finalement été inauguré, sans grande pompe, le 12 juin 1912, en présence de Sir Wilfrid Laurier. Pour commémorer cette tranche d’histoire, le chef du Château, Daniel Buss, a concocté un menu inspiré de celui qu’on servait en première classe sur le R.M.S. Titanic. Naturellement, reproduire le véritable dernier souper des richissimes passagers aurait été à la fois hors de prix et indigeste. On parle ici de onze services : huîtres, filet mignon, foie gras, canard, agneau, pudding Waldorf, pêches à la chartreuse, etc., arrosé d’une orgie de champagne, de vins fins et de porto. La décadence, quoi ! En lieu et place, le Château propose un menu cinq services au coût de 64 $ (sans le vin, les taxes et le pourboire), offert du jeudi au samedi jusqu’à la fin du mois de mai. Les mets n’ont peut-être pas été pochés dans le foie gras et le beurre, mais ils n’en demeurent pas moins délicieux !

Lorsque nous arrivons au restaurant, on nous assoit près d’une fenêtre donnant sur le Parlement. L’intérieur du restaurant est luxueux. Le service est courtois, rapide, et se déroule en français pendant tout le repas. On nous propose même à plusieurs reprises de nous prendre en photo. Nos verres d’eau sont remplis avec célérité lorsque nécessaire et la corbeille qu’on nous sert déborde de pains, croûtons et craquelins. Les différentes textures et saveurs sont très satisfaisantes.

En amuse-bouche, le menu propose des huîtres à la Russe, avec une vinaigrette à la vodka. Le pluriel porte à confusion, parce que le lit de sel et de poivre en grain qu’on nous présente ne porte qu’une seule huître, une Raspberry Point du Nouveau-Brunswick. Solitaire, mais délicieuse. La coupe de prosecco que l’on déguste accompagne fort bien ce premier service.

Le plat suivant est le consommé Olga. La serveuse dépose devant nous une assiette creuse décorée de quelques minuscules dés de carottes ‘heirloom’ et des filaments de céleri rave. Elle verse ensuite le consommé de bœuf dans l’assiette avec une théière. Le bouillon est savoureux, comme un vrai bouillon de bœuf, mais infusé de porto.

Puis, vient le plat principal. Mon canard rôti est accompagné d’une purée de carottes, de courgette et de pommes de terre château. On me sert une cuisse complète avec en plus du filet de canard, dans une sauce aux pommes sucrée. La portion est fort respectable pour moi, qui ne mange de la viande que deux fois par mois. Le vin rouge qu’on me suggère pour accompagner le canard est fort approprié : le Hyland de la maison australienne Penfolds a des effluves de réglisse rouge parfumée que j’apprécie beaucoup.

Le bœuf Lili est un filet mignon poêlé avec un jus au vin et aux truffes sur un lit de pommes de terres Anna. Un oignon perlé surmonte le tout. La cuisson est parfaite, mais je dois avouer que j’ai cherché le goût des truffes dans la sauce. C’est la première fois que je goûte au cabernet sauvignon californien de la maison Wente. Il va bien avec le bœuf, mais je préfère encore mon verre.

On demande à la serveuse d’attendre un peu avant de nous amener le prochain service, histoire de souffler un peu. C’est quand même beaucoup de nourriture ! On en profite pour regarder le soleil se coucher derrière le Parlement. La tour de l’horloge s’illumine pour nous faire savoir que le temps passe trop vite quand on est en bonne compagnie.  La salade qui suit le plat principal, comme le veut la tradition française, respecte les goûts de l’ère edwardienne: cresson, deux asperges bien croquantes, micro-pousses, poivrons rouges, blanc d’œuf et petites tranches de pigeonneau servies avec une sauce sucrée qui goûte aussi ferreuse que de la mélasse. C’est la première fois que je mange du bébé pigeon, et ça goûte fort la viande de bois. Superbe !

Puis, au dessert, on nous présente dans une assiette longue trois petits échantillons de ce qu’on dégustait à bord du Titanic : un éclair au chocolat, un gâteau Waldorf aux pommes et de la crème glacée à la vanille. À ce moment du repas, c’est de la pure gourmandise, mais j’ai tout de même terminé mon assiette. Les desserts étaient bons, mais j’ai préféré les autres services, beaucoup plus originaux.

À la fin de la soirée, j’ai eu une petite pensée pour les convives de première classe qui ont coulé à pic, l’estomac plein, à la fin de leur divin banquet. Comme dernier repas, on fait pire.

Wilfrid’s
1, rue Rideau
(613) 241-1414
Wilfrid's Restaurant on Urbanspoon